Le 5 octobre 2007

                                                      LETTRE OUVERTE

 

                                                      Madame Elisabeth BORREL
                                                      47 rue du chant du merle
                                                      31400 TOULOUSE

 

Madame,

 

Les lecteurs de votre livre Un juge assassiné ont appris que :

- votre mari avait un grave problème sur la conscience et qu’il ne voulait pas vous en parler ... Pourquoi ?

- De quoi me parles-tu, qu’as-tu fait que tu n’aurais pas dû faire ?
- Je ne peux rien te dire de plus.
                    
(page 62 du livre Un juge assassiné)

- votre mari était inquiet ... mais il semblait avoir trouvé la solution du problème inquiétant : il faisait le forcing pour joindre B. Meslin qui détenait, par sa présence à la Chancellerie, une des clés pour solutionner le pataquès dans lequel il se débattait,

- votre mari avait prévu un voyage à Paris pour rencontrer des personnes importantes qui faisaient partie de l’entourage de Meslin qui, lui, ne voulait pas le prendre au téléphone quand il appelait la chancellerie,

Bernard avait tenté de joindre Benoît Meslin à plusieurs reprises, en vain, quelques semaines avant de mourir.
                  
(page 65 du livre Un juge assassiné)

- votre mari avait un pote, le colonel Sartre, à qui il pouvait se confier ... et même se confier à lui plus qu’à vous,

Je le [mon mari] vois quitter la maison comme on part en mission en compagnie du colonel Sartre, l’adjoint du commandant de la base ...
                  
(page 43 du livre Un juge assassiné)

- ledit colonel Sartre était convaincu que l’assassinat de votre mari était un relation avec un financement politique,

Et je me remémore sans peine, dans le fil quelque peu complexe d’une conversation confuse, sa conviction que l’assassinat de mon mari pourrait être à chercher du côté du " financement politique ".
                   
(page 181 du livre Un juge assassiné)

- votre mari savait prendre ses précautions quand on lui demandait d’intervenir sur des sujets sensibles.

" Pas de problème lui répondait-il, vous allez me faire part de cet ordre par écrit et je ferai retirer le portique. "
                  
(page 26 du livre Un juge assassiné)

Dans la dernière lettre ouverte du 15 août dernier, je vous ai narré en détail comment votre mari avait été circonvenu par un quarteron de magistrats. Et I.O. Guelleh n’était pas présent à Lisieux de novembre 1991 à mai 1992. Il ne connaissait ni votre mari ni moi.

Vous êtes donc partis à Djibouti en février 1994, votre mari ayant pris soin de m’habiller pour l’hiver en signant un réquisitoire introductif pour un prétendu détournement d’actif alors qu’il avait participé à dissimuler un autre type de détournement, bien réel celui-là, un détournement de fonds public ourdi par un établissement public administratif.

Il faut le faire.

Et il partait à Djibouti en votre compagnie, la conscience en paix, à cette époque, car il avait en sa possession la ou les notes de couverture le dédouanant par avance de toutes poursuites pour faute professionnelle.

Après dix huit mois de présence à Djibouti, il ne s’attendait pas à la tuile qui allait lui tomber sur la tête à propos d’une affaire dont il n’avait plus entendu parler.

Vous allez comprendre pourquoi, en moins de deux mois, il devint un homme aux abois, un homme traqué, si dépressif que vous admettiez la possibilité d’un suicide :

Comment ne pas croire au suicide quand je garde en mémoire ces instants où j’ai vu Bernard en souffrance ...
                  
(page 63 du livre Un juge assassiné)

Alors pourquoi souffrait-il et pourquoi voulait-il rencontrer B. Meslin à la chancellerie ?

 

Parce qu’une rumeur circulait tant en France qu’à Djibouti que votre mari s’était livré à des actes inavouables et contre nature pour un homme et encore plus pour un magistrat.

Dans la précédente lettre ouverte du 6 août, je vous avais relaté comment le substitut général B. Perret avait contraint votre mari, en avril 1992, à exiger la liquidation judiciaire de la société CM DIS qui était la cheville ouvrière du détournement de fonds publics au profit des partis politiques, société agissant en collusion avec la Cafal.

Pendant les trois années suivantes, de 1992 à juillet 1995, le substitut général B. Perret a reçu plusieurs dizaines de lettres de ma part lui narrant par le détail toutes mes démarches pour sortir de l’imbroglio de la liquidation judiciaire de la société Forolog.

Ce magistrat nourrissait de lourds ressentiments tant à l’égard de votre mari qu’à l’égard du chef de quarteron de magistrats PG1-XXX. Il décida de passer à l’offen-sive en juin 1995 quand il sut que ma fille avait été elle aussi pervertie et circonvenue par ...

Par qui ?

Après avoir eu un entretien avec PG1-XXX (voir le site internet borrelkaput.com) et devant la mauvaise volonté de ce chef de service de la Chancellerie, il fondit en piqué sur votre mari, un utilisant les armes d’un magistrat chevronné.

L’arme de la " question qui tue " ...

Cette arme que l’on vous enseigne à l’ENM. La question en apparence anodine glissée au milieu de vingt autres au cours de l’interrogatoire d’une personne mise en examen et à laquelle elle répond sans se méfier ...

Ou encore l’unique question du président du tribunal au prévenu à laquelle il ne peut répondre que pas un aveu de culpabilité ... ou se taire, ce qui revient au même.

Votre mari eut droit à la question unique et directe qui l’a assassiné moralement et que je résume ainsi :

Pourquoi avez vous versé la somme de 55 624 francs à la fille du gérant, actionnaire majoritaire de la société Forolog en détenant 70 % des parts sociales, en plus de la somme de 13 060 francs perçue au titre du FNDGS ?

Cette question fut un choc pour votre mari et tout se bouscula dans sa tête :
- le subornation financière de ma fille avec menaces de poursuites judiciaires contre elle,
- la liquidation judiciaire de la société Forolog qui n’avait pas eu lieu d’être,
- la dissimulation du détournement de fonds publics perpétré par la Cafal et une société illicite dont il avait demandé et obtenu la liquidation judiciaire,
- le financement des partis politiques,
- la pression qu’il a subie en janvier 1992 de la part de quatre magistrats et à laquelle il n’avait pas été assez honnête pour résister ...

Et le substitut général était menaçant, évoquant même la possibilité d’une saisine du Conseil Supérieur de la Magistrature ...

Heureusement (pensait-il après la première attaque), votre mari avait conservé cette note de couverture et il savait où joindre les deux principaux magistrats de ce quarteron : à la Chancellerie. Cette garantie n’était pas une assurance tous risques et elle s’avérera insuffisante.

 

Cas de conscience pour lui : devait-il vous parler de ce pataquès professionnel et aussi d’ordre moral ? Devait-il ébrécher prématurément l’amour absolu que vous lui vouez ? Raisonnons un peu.

Vous êtes submergée par l’admiration que vous lui portez :

Intimidée comme une collégienne quand elle sait qu’elle va rencontrer le seul garçon intéressant de la cour de récréation ...
Impressionnée par la réputation de Bernard ...    major de sa promotion 
Auréolé de son titre honorifique de meilleur futur magistrat de sa génération ...
                     (Page 23 du livre Un juge assassiné)

Il sait que l’amour que vous lui vouez repose pour une bonne part sur l’admiration que vous avez de sa compétence professionnelle et aussi d’un certain humanisme qu’il affiche :

Sa discrétion confine au secret ... Il est surtout humble et gentil ...
                    (Page 23 du livre Un juge assassiné)

Votre mari vous a fait part plusieurs fois de son hésitation :

Ce soir-là, Bernard ne trouve pas le sommeil. Il est là, debout, visiblement torturé. Devant mon air inquiet, il a cette phrase qui reste aujourd’hui encore un mystère pour moi :
- Il faudrait que je te parle, mais je ne peux pas ...
                 (pages 21 et 62 du livre Un juge assassiné)

Tentons de lever un coin du voile qui dissimule ce mystère.

Votre mari a donc décidé de ne pas évoquer avec vous ces entretiens avec le substitut général B. Perret et de taire aussi l’ensemble du pataquès. Il a trop peur d’ébrécher cet amour que vous lui portez et il ajoute même :

Il ne faut pas que tu me quittes, il faut que jamais on ne se sépare ...
                (page 62 du livre Un juge assassiné)

 

Votre mari pense pouvoir s’en tirer d’une autre manière et il va quérir des conseils auprès de son pote-colonel, Patrice Sartre. En lui contant toute l’affaire et en lui montrant la note de couverture qu’il détient toujours signé par un magistrat devenu depuis un prestigieux chef de service à la Chancellerie, et très médiatisé de surcroît.

Le pote-colonel convient que cette note de couverture est un bon antidote pour faire taire des rumeurs de mauvaise conduite professionnelle à condition que les deux chefs de service de la Chancellerie (qu’il peut faire chanter avec cette note) dévoilent avec lui le détournement de fonds publics auquel se livrait la Cafal pour les reverser aux partis politiques.

Il faut donc rencontrer les chefs de service de la Chancellerie à Paris puisqu’ils ne veulent pas avoir une conversation téléphonique.

Et une fois l’abcès percé, il sera alors possible de vous en parler dans la dignité retrouvée et un moment bafouée.

Voilà ce que Patrice Sartre voulait vous dire le 19 octobre 2000 :

Et je me remémore sans peine, dans le fil quelque peu complexe d’une conversation confuse, sa conviction que l’assassinat de mon mari pourrait être à chercher du côté du " financement politique ".
                    (page 181 du livre Un juge assassiné)

Entre quatres yeux mais certainement pas en présence d’un tiers, fut-il magistrat ou avocat.

Dans la prochaine lettre, je vous ferai comprendre jusqu’où votre mari est allé trop loin avec Patrice Sartre.

C’était probablement la première fois de sa vie qu’il était le gibier (avec un substitut général aux trousses commandant la manoeuvre) alors qu’il avait toujours été jusqu’alors le chasseur cherchant à débusquer le coupable. Et dans une telle situation inconnue pour lui, il a perdu une bonne partie de ses capacités de raisonnement.

Il est un fait qui le torturait plus que tout : le chiffre de 55 624 francs que Bernard Perret avait relevé dans l’état des dépenses présenté par le mandataire liquidateur de la société Forolog ... et dissimulé jusqu’en avril 1994, soit juste après votre départ pour Djibouti.

Sous sa responsabilité de magistrat, cette somme de 55 624 francs avait été versée à la fille du gérant afin qu’elle révèle des malversations, réelles ou inventées, que son père aurait pu commettre en tant que gérant de la société, voire même en tant que citoyen.

Le Je ne peux pas t’en dire plus et l’allusion à sa filleule sont les deux expressions d’un même appel au secours, ce message que vous n’avez pas su décoder, car vous ne connaissiez rien de l’histoire.

Après la conversation avec B. Perret, il se demande comment il a pu faire cette bourde de verser 55 624 francs. Il a eu un moment de gros égarement qui n’est pas dans son style. La preuve : il sait être généreux avec des personnes extérieures à sa famille, à votre famille ... comme c’est le cas de sa filleule.

En conséquence, il vous disait ainsi par avance que le versement de ces 55 624 francs n’était qu’un moment d’égarement, un prolongement aberrant du fait d’avoir été circonvenu en janvier 1992 par ses collègues magistrats pour éviter que soit révélé à l’opinion publique un détournement de fonds particulièrement odieux.

Suborner financièrement un possible et aléatoire témoin pour obtenir des documents à charge contre une personne honnête et compétence, et connue comme telle par les magistrats de la Cour d’Appel de Reims, dépasse l’entendement. De telles méthodes, même et surtout venant d’un major de promotion de l’ENM, ne peuvent que susciter le mépris.

Votre mari est allé trop loin et il n’existe pas d’échappatoire à la honte qu’il est contraint d’endosser.

C’est la raison pour laquelle aucun de ses collègues magistrats ne souhaite plus le rencontrer ni lui causer. C’est la raison pour laquelle, il vous est souvent donné ce sinistre conseil :

Je ne suis plus sûr qu’il soit nécessaire pour vous de vous constituer partie civile ... J’ai pu voir l’ambassadeur de France à Djibouti et il m’a demandé de vous dire que vous ne devriez pas chercher à savoir car vous risqueriez d’être déçue de votre mari (dires de J.-B. Parlos à la page 86 du livre Un juge assassiné).

 

Mais cet acte de subornation est encore plus pervers qu’on ne le croit au premier abord.

Quelle serait votre réaction si vous appreniez qu’un de vos collègues magistrats, et particulièrement un procureur de la République, fasse verser 10 000 euros à un de vos enfants pour que celui-ci fournisse à des enquêteurs des documents à charge contre vous ?

Dresser une fille contre son père, ce qu’a été capable de faire votre mari, est certainement un des actes les plus odieux et les plus contre nature que puisse commettre un être humain.

C’est une forme de parricide.

Ma fille a été incitée à tuer (dans son esprit) son père par votre mari qui dirigeait les trois membres de la procédure commerciale qui, tous, ont suivi ses instructions.

Je vous pose à nouveau ma question : quelle serait votre réaction ?

 

En 1992, I.O. Guelleh n’était pas à Lisieux et ne connaissait ni votre mari, ni ma société ni ma personne.

En 1995, il connaît votre mari mais ignore ses relations avec le substitut général Bernard Perret et il ne connaît toujours pas la société Forolog et ma personne.

Mais entre ces deux dates, vous avez commis une nouvelle erreur d’appréciation ainsi que vous le rapportez dans votre livre :

En période de cohabitation, François Mitterand et Edouard Balladur ayant chacun leur candidat, personne n’a voulu céder. Bernard, qui n’est pas marqué politiquement, se voit donc désigné par défaut.
                        
(page 30 du livre Un juge assassiné)

Votre neutralité politique n’est pas la bonne explication.

Vous n’avez pas compris ou vous ne voulez pas comprendre qu’aucun dirigeant politique, de droite ou de gauche, ne veut plus de votre mari à la tête d’un parquet de la métropole depuis que, en exigeant la liquidation judiciaire de la société CM DIS (qui organisait avec la Cafal le détournement de fonds publics), il a détruit le stratagème qui permettait aux partis politiques de percevoir une partie de l’argent destiné aux assurés sociaux.

En mettant les points sur les " i " :

Le procureur Bernard Borrel avait obtenu une note de couverture pour commettre un certain nombre d’irrégularités (encore un euphémisme !) aux fins :
- de protéger la Cafal qui avait opté pour une mauvaise " bonne cause " : mauvaise car elle était le maître d’oeuvre d’un détournement de fonds publics, mais bonne car elle rendait service aux partis politiques,
- de rendre service aux hommes politiques peu scrupuleux qui profitaient de l’argent devant revenir aux assurés sociaux,
- de pérenniser le détournement de fonds publics ourdi par la Cafal avec le concours de la société illicite CM DIS.

Mais le procureur Borrel ne va respecter qu’une partie de ce contrat : la protection de la Cafal contre les poursuites que j’avais engagées ... et en exigeant la liquidation judiciaire de la société CM DIS (sous la pression du substitut général Bernard Perret, il est vrai), il détruit le processus du détournement et ne rend plus du tout service aux hommes politiques.

Le procureur Borrel est dès lors catalogué comme un magistrat malhabile, peu fiable, qu’il ne faut pas laisser à la tête d’un parquet en métropole et qu’il faut débarquer à la première occasion.

Ce fut Djibouti ...

Et il a encore aggravé son cas !

Il s’est heurté de front avec PG2-Moinard qui avait couvert de son autorité la création de cette société illicite CM DIS. Marc Moinard allait devenir le directeur du service des Affaires Judiciaires à la Chancellerie. Depuis Bobigny, en 1995, il était déjà très écouté par le personnel politique car il était déjà passé par la Chancellerie antérieurement.

Le CSM et le pouvoir politique ne veulent donc plus de votre mari en métropole et I.O. Guelleh l’accueillera en 1994 ne connaissant pas la partie un peu sombre de la personnalité de votre mari, pas encore tout à fait noire mais déjà très grise, avec :
- subornation financière de témoin,
- allant jusqu’à demander à une fille de salir son père,
- ceci afin de trouver une justification à la liquidation judiciaire inique d’une société prospère créée pour venir en aide à une personne atteinte de sclérose en plaques,
- et de surcroît, afin de dissimuler un détournement de fonds publics particulièrement odieux car l’argent était destiné aux assurés sociaux,
- demandant une note de couverture pour se justifier car il savait que son action de protection de la Cafal et des partis politiques était tout ce qu’il y a de plus illégal et répréhensible par le Code Pénal, et même en contradiction avec une morale de base universelle ...

Et le pouvoir politique français a envoyé à I.O. Guelleh un tel personnage pour améliorer les Codes pénal et de procédure pénale ...

Incroyable ... mais vrai !

Il faudrait peut-être arrêté de dire que le président Guelleh est le commanditaire de l’assassinat de votre mari. Il semble que lui et son pays aient d’abord été les victimes d’un mauvais casting imposé par la France, celui de votre mari désigné pour rénover les codes pénal et de procédure pénale ... auxquels il dérogeait.

 

Je vous apporte la part de vérité incontestable que je connais.

Ayez la même attitude, sans parti pris, sauf à avoir des preuves irréfutables contre la personne que vous pensez devoir accablé.

Alors, la vérité apparaîtra probablement.

 

Dans la prochaine lettre, j’aborderai deux points :

- les motivations qui ont poussé le substitut général Bernard Perret à intervenir auprès de votre mari, et seulement sur un seul point (la somme de 55 624 francs), et précisément en septembre-octobre 1995,

- les erreurs de raisonnement et de procédure commises par votre mari, erreurs qui ont effrayé le pouvoir politique en place en 1995 et ont conduit les personnes exerçant ce pouvoir à ordonner la neutralisation de votre mari.

 

Veuillez agréer, Madame, mes salutations.

 

Christian AMMEUX