Le 20 juin 2007

                                LETTRE OUVERTE

 

                                 Madame Elisabeth BORREL
                                 47 rue du chant du merle
                                 31400 TOULOUSE

 

Madame,

Ouf ! ou presque, Il était réellement incongru qu’Alain JUPPE, premier ministre lors de l’assassinat de votre mari en 1995, soit ministre d’état, douze ans plus tard, dans le gouvernement voulu par Nicolas SARKOZY.

Tous les hommes politiques ayant quelque notoriété connaissent la vérité sur l’assassinat de votre mari. Y compris l’actuel président de la République.

En conséquence, lorsque vous êtes reçue à l’Elysée, vous vous rendez à Canossa. En êtes vous consciente ? Et qui a décidé cette démarche ?

Relisez ce que vous avez écrit à la page 86 en parlant du premier président de la cour d’appel de Pau, M. Bertrand-Cady :

Il est vrai qu’il m’a affirmé que le cabinet du Garde des Sceaux Jacques Toubon l’avait dissuadé de faire le voyage à Djibouti ... pour faire la lumière sur la mort de Bernard ...
               
(page 86 du livre Un juge assassiné)

Toubon était quand même le ministre d’Alain Juppé et les deux hommes politiques connaissaient, dès octobre 1995, les circonstances de l’assassinat de votre mari.

Comment interprétez-vous que Nicolas Sarkozy accepte comme ministre d’état, ne serait-ce qu’un mois, une personne qui a trempé dans l’assassinat d’un magistrat, si ce n’est la volonté évidente de continuer à étouffer une affaire trop gênante ?

Nous notons qu’il vous a promis le mardi 19 juin :
- qu’il ferait tout son possible pour déclassifier les documents secret défense touchant l’assassinat de votre mari,
- qu’il ferait en sorte que vous soyez entendue pour la Cour de Justice Internationale.

Il serait souhaitable que vous retrouviez cette attitude pleine de dignité qui était la vôtre dans votre intervention au Mémorial de Caen, le 29 janvier 2006.

 

Revenons à votre livre. Dans la lettre du 6 mai dernier, je vous avais laissé dans la conversation nocturne avec votre mari qui ne voulait pas avouer quelque chose qu’il estimait être une probable faute.

Vous tenez à souligner que votre mari ...

...n’est pas un de ces magistrats " informatisés " pour lesquels tel délit vaut tant d’années de prison. Le contexte, les causes du délit ou du crime sont à ses yeux d’une importance capitale.
           
(page 26-27 du livre Un juge assassiné)

Essayons donc de comprendre l’environnement de cet assassinat en examinant les mois qui ont précédé cet événement tragique.

Dans la foulée de cet aveu sur l’oreiller, il vous parle de sa filleule.

- De quoi me parles-tu, qu’as-tu fait que tu n’aurais pas dû faire ?
- Je ne peux rien te dire de plus.
Il évoqua aussi le cas de sa filleule, une histoire pénible que Bernard m’avait raconté avant notre mariage ... La mère lui demanda d’être le parrain de la petite. Il accepta.
           
(page 62 du livre Un juge assassiné)

C’est la seconde fois que vous revenez sur cet épisode, la première étant tout au début du premier paragraphe du premier chapitre. Le 17 octobre 1995, donc le lendemain de l’insomnie :

Ce soir-là, Bernard ne trouve pas le sommeil. Il est là, debout, visiblement torturé. Devant mon air inquiet, il a cette phrase qui este aujourd’hui encore un mystère pour moi :
- Il faudrait que je te parle, mais je ne peux pas ...
                 page 23 du livre Un juge assassiné)

On peut en conclure que votre mari reliait ce qu’il estimait être une probable erreur professionnelle à un fait social privé et familial : une affaire de famille qu’il aurait dû faire se terminer dans la dignité et avec humanité comme ce fut le cas avec sa filleule.

Dans un autre passage de votre livre, vous tenez à rappeler l’ardeur qu’il a mis à résoudre le crime abominable de Delphine Boulay à Beuzeville, la mort d’une adolescente dont le corps avait été retrouvé partiellement carbonisé. (page 27 de votre livre)

On encore, cet autre sentiment profond de votre mari :

L’idée même qu’un enfant puisse souffrir à cause d’un adulte ou se retrouvait sans protection véritable, le révulsait.
              
(page 203 du livre Un juge assassiné)

Que dire de ma fille, inexpérimentée mais apprenant ce qu’était le monde des affaires, et de moi-même qu’il avait précipités dans la misère, et que de surcroît, il avait agressé pendant plus de deux ans, de janvier 1992 à février 1994 ?

Et effectivement, après les conversations qu’il avait eues avec l’avocat général Bernard PERRET, votre mari n’était pas très fier d’avoir autorisé la liquidation judiciaire d’une société dont l’actionnaire majoritaire était une enfant dont la mère était atteinte de sclérose en plaques.

Cette enfant disposait de 70 % des parts sociales et la société que gérait son père était en plein développement et en pleine santé économique.

Ce qui était mentalement douloureux pour lui relevait de plusieurs ordres :
- en premier lieu : l’erreur professionnelle de l’acte en lui-même,
- puis, la raison pour laquelle il avait commis de sang froid une telle erreur : dissimuler un détournement de fonds publics,
- et encore, que cette erreur professionnelle commence à être connue, tant à Djibouti qu’en France,

- et enfin, l’impossibilité dans laquelle il est de joindre deux des magistrats qui l’ont circonvenu pour commettre une telle erreur, magistrats qui sont alors chefs de service à la Chancellerie.

 

Qu’auriez-vous dit si votre mari vous avez alors avoué qu’il avait couvert de sa propre autorité de magistrat la disparition d’une société prospère destinée à venir en aide à une femme gravement malade pour dissimuler que des hommes et des partis politiques volaient l’argent qui devait revenir aux assurés sociaux ?

Je suppose que le ciel vous serait tombé sur la tête et que votre incrédulité aurait été totale. Un major de promotion de l’E.N.M. ne peut pas commettre une telle bourde et vous l’avouer au cours d’une nuit d’insomnie.

Et portant c’est la réalité.

Il a déjà pris la décision de s’imposer aux deux chefs de service de la Chancellerie qui refusent de le prendre au téléphone depuis le début du mois d’octobre. Et en face d’eux, les yeux dans les yeux, il croit pouvoir résoudre le problème.

Bernard avait tenté de joindre Benoît Meslin à plusieurs reprises, en vain, quelques semaines avant de mourir.
                
(page 65 du livre Un juge assassiné)

Ce camarade de promotion de votre mari travaillait à la Chancellerie, justement dans le service d’un des deux magistrats que votre mari voulait avoir en face de lui pour leur rappeler leur intervention en janvier 1992 quand il était procureur à Lisieux.

Ce camarade de promotion était donc pour lui le bon moyen pour atteindre les deux chefs de service de la Chancellerie qui refusaient de le prendre au téléphone. J’y reviendrai dans le prochain courrier.

 

Vous pourriez m’objecter que j’invente que c’est votre mari qui a voulu la liquidation judiciaire de la société que je gérais. Voire que je délire,

La mise en liquidation judiciaire de la société FOROLOG voulue par votre mari n’est pas une affabulation de ma part.

J’ai attendu 13 ans avant de pouvoir vous l’affirmer. Jusqu’au 12 septembre 2005, exactement. Ce jour-là, un arrêt fut rendu par la cour d’appel de Rouen reconnaissant que les agissements du mandataire liquidateur, J.-C. LAROPPE, et du président du tribunal de commerce d’Honfleur, J.-M. MERTZ, étaient des délits prévus et réprimés par de nombreux articles de loi.

Que faisait votre mari pendant que ces actes délictueux étaient commis à mon encontre ?

De juin 1992 à mai 1995, j’ai écrit de nombreuses lettres aux deux personnes susmentionnées et à d’autres magistrats, avec à chaque fois une copie à M. Bernard PERRET, pour dénoncer ces agissements. Ces lettres, jusqu’en janvier 1994, parvenaient à votre mari, ne serait-ce que pour information.

Il les a toutes négligées. Alors qu’il était de son devoir de procureur de mettre en examen MM. LAROPPE et MERTZ pour les délits qui y étaient décrits. Il n’a rien entrepris.

Il a même fait l’inverse de ce qu’il aurait dû entreprendre : il a collecté et classé dans un dossier toutes les condamnations que m’infligeait injustement le tribunal de commerce, condamnations voulues par ceux qu’il aurait dû poursuivre, et a laissé se développer une action judiciaire contre moi venant de la banque CIN ...

Et quand vous êtes partis pour Djibouti, votre mari a réuni ces condamnations dans un dossier (pièces cotées D2 à D11) pour signer un réquisitoire introductif contre ma personne pour un prétendu détournement d’actif, à partir de deux documents altérés et d’une lettre de dénonciation calomnieuse.

L’arrêt du 12/09/2005 de la Cour d’Appel de ROUEN n’a pas été frappé de pourvoi par aucune des parties et son contenu est opposable à tout un chacun.

J’ai donc attendu 13 ans avant d’avoir un document judiciaire à ma disposition pour ne pas être taxé de délire ou d’affabulation en reprochant à votre mari d’avoir provoqué la liquidation judiciaire de la société FOROLOG que je gérais.

Bernard BORREL n’a pas commis cette faute professionnelle par hasard ou par inadvertance. Je vous expliquerai dans la prochaine lettre ouverte comment il a été circonvenu, et par qui, pour me contraindre à un dépôt de bilan.

 

En janvier 1992, savait-il pourquoi il couvrait de son autorité le dépôt de bilan d’une société prospère destinée à venir en aide à une femme atteinte de sclérose en plaques et à sa fille ?

La réponse est : oui.

J’avais averti en juin 1991 un des substituts généraux de la cour d’appel de Reims que la société CM DIS pirataient mes logiciels, de concert avec la CAFAL, afin de détourner l’argent collecté par cet organisme au profit des partis politiques, en lui faisant parvenir la copie d’une lettre datée du 15/06/91 adressée au parquet général de Lyon.

Ne comprenant pas pourquoi la banque CIN m’avait contraint à déposer le bilan de la société FOROLOG en mars 1992, j’ai appelé en avril 1992 ledit substitut, Bernard PERRET, pour le prévenir de cette mésaventure et lui signaler que ma plainte visant la CAFAL pour piratage de mes logiciels et subséquemment pour détournement de fonds publics, était enlisée au parquet de Lisieux.

M. PERRET, ignorant que le procureur de Lisieux avait été circonvenu, appela alors le procureur BORREL en personne et lui fit remarquer que la société CM DIS et la CAFAL utilisaient de façon délictueuse les logiciels de la société que je gérais pour commettre le délit de détournement de fonds publics.

Votre mari, constatant qu’il avait été découvert par un autre magistrat n’appartenant pas au quarteron de ceux qui l’avaient circonvenu, n’eut d’autres ressources que d’exiger la liquidation judiciaire de la société CM DIS pour bloquer définitivement l’abominable détournement de l’argent qui devait revenir au plus pauvres de la nation française.

Ce faisant, il s’attirait l’inimitié de Marc MOINARD, actuellement secrétaire général de la Chancellerie, qui avait laissé se constituer cette fameuse société totalement illicite en mars 1991, alors qu’il était procureur de la République à Lyon.

Cette liquidation judiciaire de la société CM DIS eut lieu, sans phase de redressement judiciaire, le 29 avril 1992, une semaine avant le jugement de liquidation judiciaire de la société FOROLOG.

Votre mari était donc parfaitement conscient que la vraie raison de la liquidation judiciaire de la société dont j’étais le gérant, était la dissimulation d’un détournement de fonds publics ourdi par la CAFAL au profit des quatre principaux partis politiques, dont ceux de F. MITTERAND et de J. CHIRAC.

 

Voilà ce qu’on disait de votre mari, aussi bien en France qu’à Djibouti : il avait provoqué la liquidation judiciaire d’une société prospère, créée pour venir en aide à une femme gravement malade et à sa fille, sans aucune raison valable, par le fait du prince.

Vous comprenez que ceux qui vous conseillaient de ne pas investiguer sur la réputation de mari essayaient d’être de bon conseil pour ne pas vous dire brutalement que votre mari avait commis une erreur professionnelle très grave se doublant d’une faute morale indigne d’un magistrat réputé intègre.

Malgré la dureté de leurs propos à votre égard, ils étaient bien dans leur rôle et en adéquation avec ce qu’ils savaient

Je ne suis plus sûr qu’il soit nécessaire pour vous de vous constituer partie civile ... J’ai pu voir l’ambassadeur de France à Djibouti et il m’a demandé de vous dire que vous ne devriez pas chercher à savoir car vous risqueriez d’être déçue de votre mari (dires de J.-B. Parlos)
               
(page 86 du livre Un juge assassiné)

Et vous, vous vous posez des questions :

Je demande à savoir ce que l’on dit de Bernard à Djibouti et qu’il " vaudrait mieux que je ne sache pas " (entretien avec Olivier Echappé le 25/10/96)
               
(page 88 du livre Un juge assassiné)

Et vous, en plein quiproquo, vous orientez le lecteur sur la piste improbable de la pédophilie ... que ledit lecteur n’admet pas.

De surcroît, en octobre 1995, il ne pouvait même pas invoquer la vraie raison de la liquidation judiciaire de la société CM DIS qu’il avait demandée et obtenue, en avril 1992, pour expliquer la décision aberrante de la liquidation judiciaire de la société FOROLOG, car les magistrats et le greffe du tribunal de commerce de Lyon avaient radié de leur registre toutes traces de cette société illicite, dès le 30 juin 1993 !

Et l’avocat général de Reims avait suffisamment de relations pour entretenir et répandre cette rumeur infamante mais totalement méritée ... sans citer, bien entendu, le secret inavouable du détournement de fonds publics lié au financement des partis politiques.

 

Votre mari, avant de vous avouer sa bourde immorale, avait-il encore un moyen de défense ?

C’est plus que probable.

Vous racontez dans votre livre, à la page 26, l’anecdote du portique détecteur de métaux que votre mari installa à l’entrée de la salle d’audience du tribunal de Lisieux, et surtout l’ordre de le retirer qu’il sollicita :

" Pas de problème lui répondait-il, vous allez me faire part de cet ordre par écrit et je ferai retirer le portique. "

Ce qui signifie que lorsqu’un autre magistrat était susceptible de lui donner des ordres, il n’hésitait pas à demander une confirmation écrite. Et il a dû avoir en sa possession une telle confirmation écrite, surtout après l’intervention de Bernard PERRET en avril 1992, intervention qui l’a contraint à exiger (et à obtenir) la liquidation judiciaire de la société CM DIS.

 

En épilogue, probablement intermédiaire de la dernière lettre ouverte du 6 mai dernier qui, entre autres choses, annonçait ma lettre ultraconfidentielle du 9 avril 2007, à un magistrat de haut rang et le suite que fut la tentative avortée de perquisition à l’Elysée, le 2 mai, je tiens à faire savoir, à vous et à tout lecteur de cette lettre ouverte, que j’ai été intercepté comme un malfaiteur, le 14 mai, le long d’une route départementale, séquestré pendant 6 heures sans qu’il me fut sonné un motif justifiant cette privation de liberté; et contraint à subir un examen psychiatrique de ... 10 minutes.

Le message est clair :
- arrêtez de publier sur cette affaire BORREL : nous allons faire en sorte que vous allez être reconnu comme un irresponsable et déficient mental qui délire sans arrêt,
- et si vous ne comprenez pas, vous voyez que les forces (dites) de l’ordre peuvent vous intercepter à tout moment ... et vous faire disparaître sans témoin.

Sincèrement, je n’ai pas envie de terminer comme votre mari.

Dix minutes avant d’être remis en liberté, l’adjudant de gendarmerie m’a remis une convocation à comparaître pour outrage à magistrat, comparution prévue le 5 juillet prochain, soit dans la précipitation absolue :
- avant l’audience du 3 septembre 2007, suite de la procédure de citation directe qui a été signifiée à la CAFAL qui détournait l’argent des assurés sociaux au profit des partis politiques,
- avant l’audience devant la cour d’appel de Rouen, suite à l’appel que j’ai interjeté d’un jugement concernant la banque CIN (la banque qui m’a contraint à déposer le bilan et que votre mari a oublié de poursuivre !), jugement que je trouve inepte.

J’ai bien entendu adresser une requête en dépaysement à Messieurs le président et conseillers de la chambre criminelle de la Cour de Cassation par l’intermédiaire du procureur général de Rouen ... mais avec copie immédiate, et sans attendre le délai de 10 jours prévu aux articles 665 et sq. du Code de Procédure Pénale, de la procédure à M. Jean-Louis NADAL, le procureur général près la Cour de Cassation

 

Soyez persuadée que je ne cherche pas à charger avec malveillance la mémoire de votre mari. Je vous redis ce que je vous écrivais le 3 octobre 2003 : je suis incapable d’éprouver à son égard, malgré ce qu’il m’a fait, un quelconque sentiment de haine. Plus le temps s’écoule, plus sa personne et ses actions passées à mon égard deviennent un objet juridique.

Je me suis même constitué partie civile dans l’assassinat de votre mari au temps où le dossier était instruit par J.-B. PARLOS. J’ai été retoqué et la Chambre de l’Instruction de Paris qui a confirmé la décision du juge d’instruction ... que vous ne portez plus dans votre coeur ! L’arrêt date du 11 juin 2001.

Je me pose simplement la question de savoir pourquoi il est mort assassiné en territoire étranger au cours d’une mission, et éventuellement pour une raison qui pourrait ne pas concerner la mission qui lui était confiée.

Dans la prochaine lettre, je vous expliquerai comment votre mari a été circonvenu en janvier 1992 ... et par qui.

 

Christian AMMEUX